Ateliers de restitution participatifs au Maroc : quelle place pour la diversité des plantes cultivées dans les champs et les assiettes ?


Un théâtre-forum a d’abord réuni les paysan·ne·s des 7 villages suivis par le projet ARISER ainsi que des représentants des autorités locales dans la grande salle communale. À travers différentes scènes mettant en jeu des personnages avec des visions et des stratégies contrastées, la pièce a servi de support pour discuter du rôle de la diversité des espèces et des variétés cultivées pour les familles paysannes mais aussi, plus largement, de l’avenir de ce territoire agricole et du rôle des jeunes et des femmes dans celui-ci. Le public a ainsi été invité à remplacer les acteurs et actrices pour mettre en scène leur point de vue, proposer d’autres façons d’agir et alimenter le débat sur ces questions

Un atelier participatif a ensuite été organisé dans chacun des trois villages étudiés dans le cadre de la thèse d’Océane. Après une présentation des principaux changements agricoles et alimentaires du territoire, illustrés à l’aide de supports graphiques physiques, les participant·e·s ont travaillé en sous-groupes non mixtes autour d’une question concrète : quelles cultures souhaitent-ils maintenir ou retrouver dans leurs champs et leurs assiettes ? Pour les 2 à 3 cultures retenues au sein de chaque sous-groupe, les échanges ont ensuite permis d’identifier les principaux freins et leviers associés au maintien ou au retour de ces cultures, de la production à la consommation.

Les exercices en sous-groupes ont fait ressortir un intérêt marqué, autant chez les femmes que chez les hommes, pour plusieurs cultures locales aujourd’hui peu cultivées et/ou peu consommées. C’est le cas par exemple du blé noir local et du sorgho, qui ont tous deux quasi disparu des champs et des assiettes alors qu’ils y occupaient une place centrale il y a encore quelques décennies. Largement remplacées par des variétés de blé améliorées à partir des années 80/90, ces deux cultures sont aujourd’hui devenues rares alors qu’elles sont particulièrement appréciées pour leurs qualités culinaires et que leur rusticité pourrait permettre, d’après les participant·e·s, de palier les mauvaises années agricoles.

On retrouve également des cultures plus communes que l’on souhaite conserver, mais dont la production et/ou la consommation se heurte à certaines difficultés. C’est notamment le cas des lentilles locales, très appréciées dans l’alimentation mais plus coûteuses à l’achat sur le marché que les variétés introduites et dont la culture est fortement affectée par une plante parasite, ou encore de l’orge locale, largement cultivée mais peu consommée en raison de ses longues barbes qui la rende pénible à préparer.

Les discussions sur les freins ont ainsi permis d’identifier certaines problématiques spécifiques à ces cultures mais révèlent surtout les contraintes structurelles auxquelles font face les foyers : manque de main-d’œuvre, coût et disponibilité des semences, des engrais, des machines et des denrées alimentaires, difficultés pour mécaniser ou encore dérèglements climatiques. Pour faire face à ces problématiques qui les dépassent, les participant·e·s ont fait émerger plusieurs pistes d’action, comme soutenir la multiplication et la diffusion des semences locales, faciliter l’accès aux machines et aux intrants agricoles, mieux accompagner les agriculteur·rice·s face aux risques climatiques ou encore renforcer l’organisation collective et les débouchés commerciaux.

Ces échanges ont permis d’impliquer directement les paysan·ne·s dans une réflexion sur la place qu’ils et elles souhaitent donner à la diversité cultivée dans leurs champs et leurs assiettes. Ils ont montré l’importance que cette diversité conserve pour les familles, malgré les contraintes qui pèsent aujourd’hui sur les cultures et celles et ceux qui les produisent et s’en nourrissent. En identifiant avec les concerné·e·s les leviers susceptibles de faciliter le maintien ou le retour des cultures qui leur sont importantes, les ateliers ouvrent des pistes pour agir à différents niveaux de la chaîne, depuis l’accès aux semences jusqu’à la transformation, la commercialisation et la consommation des productions. Ils appellent ainsi à de plus amples collaborations entre une diversité de chercheur·euse·s et d’acteur·rice·s du territoire pour continuer de faire vivre cette diversité cultivée, qui repose sur la richesse alimentaire et agricole des communautés paysannes de cette région du Maroc.