Tissage de liens : quand l’agrobiodiversité devient une ressource pour l’adaptation climatique


Comment les agriculteurs d’Occitanie peuvent-ils poursuivre leurs activités dans un tel contexte climatique !? C’est autour de cette question qu’une journée « Tissage de Liens » a réuni, le 20 octobre à La Piboulette – ferme biologique située au cœur de la Piège dans l’Aude-  une centaine de personnes parmi lesquelles des agriculteurs, citoyens, chercheurs, étudiants, enseignants, transformateurs et acteurs du territoire.

Organisée dans le cadre du Groupe de travail interdisciplinaire sur les ressources génétiques (GTIO-RG) du Défi Clé Octaave, en lien avec le projet européen DIVINFOOD, cette journée a choisi de partir des réalités agricoles locales. Dans un esprit de rencontre et de dialogue entre Science et Société, elle proposait de sortir des cadres habituels pour croiser les expériences, les savoirs et les points de vue.

Après l’accueil de José Aveline, agriculteur hôte de cette journée  et une introduction présentant le cadre de la journée par Anaïs Boury-Esnault et Dominique Desclaux, les participants se sont répartis en quatre groupes pour visiter quatre fermes aux profils complémentaires : La Piboulette, ferme biologique diversifiée et tournée vers l’agrotourisme ; le GAEC de La Marg’Aude, élevage laitier d’environ 60 vaches associant transformation et vente directe ; la ferme biologique de Jérôme Gaubert en grandes cultures et meunerie ; et la ferme de Rémi Pech en grandes cultures sous système conventionnel.

Ces visites ont constitué le point de départ des discussions : diversification des productions et des activités, adaptation des pratiques, valorisation des productions, transformation à la ferme, débouchés commerciaux… autant de stratégies qui peuvent contribuer à renforcer la capacité d’adaptation des exploitations face aux évolutions du climat.

La matinée s’est poursuivie par quatre ateliers participatifs, permettant de croiser les expériences et de mettre en discussion différents maillons des systèmes alimentaires.

L’atelier consacré à la transformation à la ferme, animé par Léopold Duong-Van-Huyen, en thèse à INRAE, Denis Cassan (INRAE) et Agnès Duri (INRAE) a  permis de discuter les enjeux de la transformation des grains à la ferme, en s’appuyant sur les expériences des participants. Un autre atelier, animé par Anaïs Boury-Esnault (Agropolis International) et Isabelle Bonnin (INRAE) a permis de revenir collectivement sur les visites et d’identifier les principaux étonnements et questionnements autour de l’agrobiodiversité. La restauration collective, abordée avec Martin Krier (Biocivam11) à travers un jeu interactif, a permis d’élargir la réflexion aux débouchés et aux conditions nécessaires pour mieux valoriser des productions diversifiées. Enfin, un atelier a été consacré à la préparation du repas, avec des céréales, des légumineuses et des produits issus des fermes visitées. Marion Smith, diététicienne avait choisi des recettes de salade de petit épeautre, houmous et autres préparations qui ont ainsi donné une traduction très concrète au lien entre diversité agricole, transformation et alimentation.

Le repas partagé a permis de prolonger ces échanges autour des produits et des savoir-faire locaux.

L’après-midi, une table ronde animée par Dominique Desclaux (INRAE) a réuni les quatre agriculteurs visités le matin ainsi que Jean-Pierre Sarthou (AgroToulouse), Caroline Gibert (SOLAGRO), Jean-Marc Touzard (INRAE) et Antonin Agrissais (API Restauration).

Les discours passionnés de chacun ne sont pas résumables mais quelques maitres-mots peuvent être extraits :

  • Diversification : des productions (espèces, variétés) et des solutions biotechniques
  • Territorialisation : raccourcir les filières, penser circuit-court, transformation et vente à la ferme.
  • Echanges : ne plus parler de relations « bottom-up » ni « top-down » mais penser à des relations d’égal à égal où les savoirs se nourrissent entre eux et se tissent.

Au travers de leurs expériences, les quatre agriculteurs ont bien illustré la complémentarité entre ces 3 volets et mis en avant les synergies qu’ils développent en partageant ensemble, à l’échelle de leur territoire (sur leurs fermes et au sein du village), et en s’appuyant sur leur diversité.   

La journée a également été l’occasion d’enregistrer un épisode de podcast consacré à la préservation et à la valorisation des races et variétés d’Occitanie, avec Eva Bouloux, chargée de projets éditoriaux au média Exploreur de la Communauté d’universités et établissements de Toulouse et François Berchenko de l’association Campus FM.

En réunissant autour d’une même table agriculteurs, chercheurs, étudiants, transformateurs, citoyens et acteurs publics, « Tissage de Liens » a ainsi ouvert un espace de dialogue pour réfléchir collectivement à une agriculture occitane capable d’atténuer et de s’adapter au changement climatique tout en s’appuyant sur l’une de ses principales richesses : l’agrobiodiversité.

INRAE pole SenS : Dominique DESCLAUX, dominique.desclaux@inrae.fr
Défi Clé Octaave : Anaïs Boury-Esnault, boury-esnault@agropolis.fr